Le talent est au cœur des villes technologiques. Sans un vivier de travailleurs qualifiés, même les hubs les plus établis peinent à rester compétitifs. Il n’est donc pas surprenant que les villes tech les plus performantes partagent certaines caractéristiques, telles que des universités de renommée mondiale et des populations jeunes et en croissance.
Les villes tech établies bénéficient de secteurs d’enseignement supérieur solides qui attirent et forment les talents, tout en soutenant les écosystèmes de recherche et d’innovation qui permettent leur valorisation commerciale. Londres, par exemple, compte neuf universités classées dans le QS Global Top 500, dont deux dans le top dix. Melbourne, Sydney et New York abritent également des institutions de premier plan avec un corps étudiant fortement international. En moyenne, 45 % des étudiants de ces villes viennent de l’étranger, contribuant à la diversité et à la compétitivité mondiale des viviers de talents.
Pourtant, dans un monde où les compétences priment de plus en plus sur les diplômes, les marchés émergents gagnent du terrain, comme le montre notre Savills Tech Cities Index 2025.
Bengaluru, en Inde, obtient ainsi les meilleures notes pour la disponibilité des talents, grâce à sa vaste main-d’œuvre dans le secteur technologique.
Nairobi se distingue par son avantage démographique. La ville présente un ratio particulièrement favorable de 3,9 « zillennials » (les membres plus âgés de la génération Z et les plus jeunes milléniaux, âgés de 20 à 34 ans) pour chaque membre de la génération X et des « boomers » plus jeunes (50 à 64 ans), garantissant un vivier solide de jeunes talents. Riyad, autre ville jeune, bénéficie d’investissements technologiques soutenus par les initiatives du plan Vision 2030 de l’Arabie saoudite pour la diversification économique.
Source: Savills Research.Tech talent pool pillar from Savills Tech Cities Index
Certaines de ces économies émergentes profitent également du développement des Global Capability Centres (GCC). Les coûts élevés et les marchés du travail tendus dans des hubs établis comme Londres et New York accélèrent la croissance des GCC dans des marchés à moindre coût tels que l’Inde, la Pologne et le Mexique.
Ces centres permettent aux multinationales de centraliser des fonctions stratégiques et d’accéder à des talents qualifiés à grande échelle, tout en atténuant les effets des pénuries de main-d’œuvre, du vieillissement des effectifs et des restrictions migratoires plus strictes dans les marchés occidentaux.
Recrutement dans la tech : vers une stabilisation des tendances
Après une expansion post-pandémie aggressive suivie d’un recentrage en 2023 et 2024, les effectifs des principales entreprises FAANG+ (grandes entreprises technologiques américaines, dont Meta, Apple, Amazon, Netflix et Google) se sont stabilisés. Ils restent néanmoins 92 % supérieurs aux niveaux de 2019, soulignant la croissance à long terme du secteur.
La nature du recrutement évolue également. Les entreprises technologiques misent de plus en plus sur la reconversion interne et privilégient l’embauche basée sur les compétences plutôt que sur les diplômes traditionnels. Cela marque un changement par rapport aux recrutements rapides des dernières années, au profit d’une approche plus ciblée et stratégique.
Effectif moyen des entreprises GAFAM
Source: Savills Research using company reports from Meta, Amazon, Apple, Netflix, Alphabet, Microsoft, Tesla, Nvidia, Advanced Micro Devices
La demande se concentre désormais sur des compétences spécialisées, notamment en intelligence artificielle, ingénierie cloud et cybersécurité. Les offres d’emploi mentionnant l’IA ont fortement augmenté en 2022, l’année où l’IA générative est devenue grand public, avant de connaître un léger recul au début de 2023, puis de repartir à la hausse depuis le milieu de l’année 2023, parallèlement à l’adoption croissante de l’IA.
L’Irlande se distingue à l’échelle mondiale avec la plus forte proportion d’offres d’emploi liées à l’IA, grâce à la présence d’un grand nombre d’entreprises technologiques américaines dans le pays.
Offres d’emploi mentionnant l’IA
Source : Savills Research using Indeed
Comment évoluent les stratégies de travail ?
Les entreprises technologiques misent sur des bureaux riches en services et favorisant la collaboration pour attirer et fidéliser les talents. Le secteur a été plus lent que d’autres à revenir au bureau, adoptant souvent des modèles hybrides et reportant les grands changements de leurs surfaces de travail. Cependant, les politiques de présence varient considérablement, allant d’obligations de présence à temps plein à des aménagements flexibles, reflétant l’expérimentation continue des normes post-pandémie.
Dans un premier temps, de nombreux occupants ont renouvelé ou adapté leurs espaces existants après la pandémie. L’analyse des principaux contrats de location technologique au second semestre 2023 et au premier semestre 2024 montre que la plupart ne modifiaient pas les surfaces de bureau et que les renouvellements de bail étaient fréquents, les espaces existants répondant toujours aux besoins évolutifs.
Cependant, à partir du second semestre 2024 et jusqu’au premier semestre 2025, les expansions sont devenues plus fréquentes, témoignant d’une confiance et d’une croissance renouvelées. Dans certaines villes clés d’Amérique du Nord, les entreprises tech ont ainsi représenté 29 % des plus grandes transactions de location depuis début 2024.
Transactions de bureaux tech dans le monde par type de contrat
Source : Savills Research. Données représentant les principales villes tech de chaque région
Source : Savills Research. Données représentant les principales villes tech de chaque région
New York arrive en tête pour le volume de prises à bail dans le secteur tech, suivie de San Francisco et Tokyo. En termes de taille moyenne des transactions, ce sont New York, Delhi et Boston qui dominent. Dans les villes où la tech occupe une place prépondérante — comme Seattle, Shenzhen ou San Francisco — plus de 50 % des transactions proviennent du secteur.
Les hubs technologiques mondiaux connaissent une profonde transformation en matière de talents et d’espaces de travail, influencée par de nouvelles dynamiques de main-d’œuvre, des besoins en compétences en constante évolution et l’essor de l’IA. Le regain de dynamisme dans les prises à bail reflète la conviction persistante du secteur : le bureau reste un atout stratégique pour la collaboration, l’innovation et l’attraction des talents.